Frère Paul Adrien,
Je me permets de vous écrire parce que j’ai été profondément bouleversée en écoutant le podcast. Après avoir écouté Matthieu, Marc, Luc, tant de moments de lumière et de secousse dans mon cœur, tant de moments de conversion… je suis arrivée à l’Évangile de Jean.
Une chose m’avait totalement frappée : les plus grands ennemis étaient les pharisiens, non pas ceux qui étaient perdus dans divers péchés mondains et qui pourtant trouvaient sans cesse la grâce… mais bien les pharisiens, l’obstacle le plus dur. J’ai alors longuement médité là-dessus, comprenant que derrière se trouvaient la jalousie et l’envie, et me rappelant que le cœur de Satan, en premier lieu, est l’envie. En voyant en moi-même que je portais aussi ce péché, je me suis arrêtée dans la prière.
Car moi, grande pécheresse, je lutte depuis longtemps avec une relation complexe à Marie… je me suis rendu compte que j’étais jalouse d’elle. Terrible. Je me sentais prisonnière.
J’ai honte de le dire, mais je crois que cela habite le cœur de beaucoup de femmes, qui ne savent même pas qu’elles vivent cela. De cette réalité, on ne parle JAMAIS ! Quelle femme a jamais dénoncé publiquement son envie envers Marie ? Cela ne se fait pas, c’est une chose d’une honte extrême.
Je sentais que je n’éprouvais aucune jalousie envers Jésus, mais un grand amour, et je ne comprenais pas la jalousie des pharisiens… comment pouvaient-ils être jaloux ? Comment peut-on être jaloux de Jésus ? Puis j’ai compris que, pour moi en tant que femme, c’est une question de genre : moi, femme face à un homme, Jésus, je ne peux concevoir que la conjugalité. Et en effet, dans l’Évangile, on ne voit pas de femmes jalouses de Jésus…
Puis j’ai revu, encore et encore, mon péché, que je confessais depuis longtemps dans mon cœur à Dieu, et que je crois avoir mentionné une fois en confession ; mais même le prêtre n’y avait pas fait allusion… c’est un tabou ! Frère Paul Adrien ! C’est vraiment un thème tabou, autant pour les prêtres que pour les femmes, qui ne savent même pas qu’elles portent peut-être cette jalousie/envie envers Marie… Parfois j’ai l’impression que, si l’on soulevait ce couvercle, tant de démons — ou disons des réactions désordonnées, des fuites, des dissimulations — surgiraient… Ce serait un véritable séisme. En somme, lever le voile demande une grande sagesse.
On n’en parle pas, et pourtant derrière se cache un monde de révélation. Car une fois ce voile levé, le Seigneur m’a montré quelque chose qui m’a bouleversé. Ce thème me semble être une bombe à retardement. Comme si c’était le septième tome d’une saga, si je regarde ce qui s’est passé dans mon cœur après cette conversion.
Je vous raconte maintenant comment le chemin dans mon cœur a continué, ou plutôt comment le Seigneur lui-même m’a guidée du désert vers la Terre promise sur ce thème.
Je suis profondément bouleversée. Je me sentais porteuse d’un mal incurable, le plus honteux de toute l’histoire des Évangiles, comme vous l’aviez dit dans une vidéo : faut-il vraiment chercher une raison derrière le mal ? Il me semblait être arrivée à l’os du mal, celui qui n’a pas d’explication : la dureté provoquée par la jalousie et l’envie.
Car je portais souvent au Seigneur cette invocation : me libérer d’une étrange indifférence envers Marie, d’une froideur totale lorsque je récitais le chapelet. Elle me semblait inaccessible, et je criais à Dieu que j’avais besoin de sentir Marie, mais cela ne m’était pas donné. Je disais le chapelet et cela me semblait une condamnation. Je me sentais fausse, parce que je ne ressentais pas d’amour ; je me sentais fausse vis-à-vis d’elle — non pas vis-à-vis de Jésus, mais vis-à-vis d’elle. Et je ne comprenais pas : comment puis-je sentir Jésus proche et Marie lointaine ? Pourquoi cela ne m’est-il pas donné ? Et plus cela ne m’était pas donné, plus je voyais mon péché… Je sentais l’envie, la jalousie, et un sentiment d’incurabilité, car je voyais que mon mal était tellement injustifié, tellement gratuit, que je me sentais simplement mauvaise, sans aucune excuse à me donner. Je ne comprenais pas pourquoi je ressentais cela.
Ce qui me semblait absurde chez les pharisiens, c’était justement cette gratuité. Je comprends plus facilement un mal fait à quelqu’un qui nous a blessés… mais une telle gratuité du mal ! Et surtout : pourquoi être jaloux de Jésus au lieu de jouir de sa bonté ? Alors je me suis souvenue de ce que vous aviez dit : le remède pour sortir de la jalousie et de l’envie, c’est la gratuité, accepter la deuxième place.
Je m’y suis accrochée et j’ai commencé, maladroitement, à parler à Dieu de tout ce qui m’arrivait. Je me sentais nue et embarrassée devant Dieu, lui parlant de mon impuissance face à ce mal que je portais dans ma relation à Marie. Combien de fois ai-je supplié Dieu de me libérer de ce mal étrange et injustifié…
Seigneur… puis j’ai éclaté en sanglots, et du fond de mon cœur, comme une enfant, avec l’innocence d’un enfant, j’ai pleuré :
« Seigneur, je voulais être Marie. Je voulais être cette vierge qui conçoit le Fils par elle-même. Je voulais être cette plénitude ! je voulais être la plus proche à Toi pour l’éternité! Et pourtant, dans toute l’histoire, il n’y a eu qu’elle… Moi, pour l’éternité du ciel, je voulais être cette femme ! »
Seigneur ! Et là, pour la première fois, je me suis sentie dans les bras du Père, qui avait compassion de moi ! Je confessais une jalousie et une envie injustifiées envers Marie, et Dieu m’a serrée dans mon cœur comme un parent serre son enfant qui rentre d’une compétition en pleurant parce qu’il est arrivé deuxième… Quelle tendresse ! J’ai ressenti la tendresse envers cet enfant, et la tendresse de Dieu. Dieu recueillait-il mes larmes dans tout cela ? Pour la première fois de ma vie, j’ai accepté de pleurer ces larmes si cachées et si taboues.
Et maintenant, le plus beau allait encore venir. Je trouve le courage de commencer mon chapelet.
Je n’attendais rien de moi-même. Rien n’avait changé dans ma relation à Marie, mais une intimité inédite s’était révélée dans mon cœur, dans ma relation à Dieu.
Je porte aussi des questions à Dieu… « Je t’en prie, donne-moi Marie ! »
Ce qui est précisément ce que Jésus a donné au pied de la croix. Chose incroyable : tout cela s’est produit précisément lors de la lecture de Jean, le disciple qu’il aimait et à qui il a confié Marie. Cet Évangile révèle peut-être le secret ultime, précisément celui qui se cache derrière Marie, et que je suis convaincue demeure encore si caché dans les cœurs… En pensant que Marie est aussi figure de l’Église, cela ne peut qu’être encourageant pour l’histoire de l’Église à venir !
Je demande à Dieu : mais qu’est-ce qui m’empêche de surmonter ce péché, qui, bien que j’aie senti l’amour de Dieu m’habiter, semblait pourtant encore là en moi ?
Alors que je récite le chapelet, avec difficulté, comme une boiteuse et une aveugle… il se passe quelque chose d’absolument bouleversant.
Un éclair d’intuition. Frère Paul Adrien, je ne sais pas si je réussirai à en expliquer la portée. Mais une chose pareille, je ne l’ai jamais entendue dite ouvertement par aucun prêtre que j’aie rencontré de toute ma vie. Jamais ! Quand en parlera-t-on ?
Je le dis en tremblant, car si je devais me fier à moi-même, à la pécheresse que j’ai été et que je suis, je ne me donnerais pas le moindre crédit. Mais quand je pense au fruit de conversion que j’ai vécu après cette intuition, aux larmes que j’ai versées, à l’émotion qui a traversé mon corps de la tête jusqu’aux entrailles et jusqu’aux pieds — au point qu’il me semblait ne pas avoir assez de canaux lacrymaux pour pleurer ce que je voyais dans mon cœur — comme si chaque cellule de mon corps pleurait en moi… chose qui ne m’était jamais arrivée… Il m’a semblé ne plus avoir d’yeux, comme s’ils s’étaient transformés en eau, et que chaque cellule s’était ouverte comme une porte cachant un fleuve en crue depuis des siècles de l’histoire de l’humanité, alors que je n’ai que 39 ans et une seule vie… C’est cela seul qui en moi témoigne que ce que j’ai vu en moi est vrai.
Le Père est caché dans le DISCIPLE ! Il est caché dans tous les disciples !
Le Père est caché dans le mystère du disciple. Là se trouve le visage du Père ! Oui, le visage du Père se voit en Jésus, mais laissez-moi vous expliquer un peu ce que quelqu’un d’autre saura sûrement dire bien mieux que moi. Je pense que les prêtres le savent peut-être déjà, mais si c’est le cas, pourquoi n’en parle-t-on pas ouvertement ?
Alors que je récitais le chapelet, dans cette intuition qui n’était pas intellectuelle mais purement spirituelle… Ô Seigneur, comme je suis maladroite pour décrire ce qui s’est passé dans mon esprit devant ce que j’ai vu !
J’ai vu, derrière Marie, le cœur du Père. Un cœur féminin, tendre, qui ne juge personne. Et jusque-là, peut-être rien de nouveau sur le plan théologique… mais goûté intérieurement, c’était comme avoir goûté le ciel ! Marie est figure incarnée, génitrice… celle qui engendre, ou mieux, qui accueille dans sa chair le Fils (certes par l’Esprit Saint, mais pardonnez la pauvreté de mon intelligence dans cet effort de description)… comme le Père engendre le Fils. D’accord.
Mais ensuite je regarde Marie… qui devient disciple.
Marie devient disciple. Le Père est glorifié dans le Fils… Je suis mère de trois enfants, et le parent qui exprime le plus l’amour de Dieu est celui qui SUIT son enfant, presque comme si l’enfant était son maître. Il reste le parent protecteur, mais intérieurement il « se comporte » comme un disciple — cela arrive quand un parent suit Jésus. Jésus a donné vie à un Père qui se comportait comme un « disciple » à son égard. Il restait le Père, et Jésus le Fils, mais Jesus faisait ce qu’il voyait faire au Père, comme un disciple. Mais de la même manière, le Père se cachait dans les disciples, ou plutôt dans la version ultime et accomplie du disciple.
En donnant sa vie par amour du Père et des frères, Jésus unissait la rédemption de la gloire du Père et la rédemption des frères de leur péché. Mais le grand mystère de la rédemption porte en lui le grand mystère du disciple : le Père se fait disciple. Un disciple qui aime d’un amour « féminin » (pardonnez la pauvreté des mots). Ce n’est qu’en pensant à une mère, à Marie, que l’on comprend la parole de Jésus : « Le Père ne juge personne… c’est Moïse qui vous jugera. » Et pourtant, les tables étaient inspirées par Dieu… comme un parent met des règles à son enfant… Mais là, il n’y avait pas encore la révélation de Dieu comme Père, ni du disciple comme fils.
À ce moment-là, cette rupture des eaux dans mon esprit, il m’a semblé avoir enfanté le Père dans le corps du disciple. Je ne parle pas de moi et de ma chair, mais du mystère de toute l’Église.
Quand j’ai vu le Père en Marie, derrière Marie — c’est-à-dire Marie incarnant spirituellement le Père — j’ai vu en elle comme un esprit sans frontières. Il n’y avait plus de frontières spirituelles. Et pourtant, tout cela dans une femme.
Mais ce qui m’a totalement fait m’effondrer, comme lors d’un déluge universel — mais cette fois un déluge de larmes spirituelles jaillissant non du ciel mais de la terre, de mon corps — c’est de sentir le Père se faire disciple… et se faire femme. L’humilité d’un Père qui s’est fait disciple, sous le Maître ! Sous Jésus ! J’en pleure encore ! Le Père s’est caché sous Jésus ! Sous ! Frère Paul Adrien, cela ne donne-t-il pas envie de pleurer ? Peut-être le savez-vous déjà ? Peut-être le vivez-vous sans le dire ? Pourquoi les prêtres ne le disent-ils pas ? Pourquoi n’en parlent-ils pas ?
Cette descente d’humilité… et dans la femme, on demandait à la femme dans les écriture d’être « en dessous »..
Quelques heures plus tôt, méditant le même Évangile ou le précédent podcast je me rappelle plus, je pensais à la femme… La femme est soumise à l’homme selon les Écritures, et pourtant elle a la même dignité que l’homme dans la Genèse. Pour une femme, je vous le dis en tant que femme pour que vous le sachiez, entendre qu’elle a la même dignité signifie aussi la même dignité d’autorité. Voilà pourquoi tant de femmes n’arrivent pas à sortir de cette problématique, et pourquoi cela freine leur relation au Père… tout comme beaucoup d’hommes n’arrivent pas à sortir d’une vision néotestamentaire tronquée de Dieu et perdent la foi en l’Église.
Alors que je portais cette question à Dieu, quelques heures plus tard, le Seigneur m’a fait vivre le plus grand bouleversement de toute ma vie dans mon rapport aux Écritures.
Le Père se cache dans le disciple.
C’est la voie que le Père a choisie dans le Nouveau Testament. Si je vois en Marie la mère, puis la disciple, l’union de ces deux réalités fait le Père. Le Père aussi se fait chair, d’une certaine manière, dans le mystère de la femme disciple et dans tous les disciples. La femme est « en dessous », et le Père librement se met sous le Fils… Comment ne pas adorer un tel Père ? Comment ne pas donner sa vie pour un tel Père ? Comment ne pas tout donner pour revenir vers le Père en découvrant cela ?
Le rôle de la femme dans les Écritures néotestamentaires est le rôle que le Père assume envers son propre Fils. On le découvre quand on devient parent… quand on tombe amoureux de son enfant tout petit : même s’il vous met une chaussure sur la tête, cela vous fait rire, car vous savez que vous êtes le parent. Se mettre en dessous de son enfant vous donne de la joie, car vous ne voulez que sa vie, et vous savez que ce coup de chaussure n’enlève rien à votre dignité de parent qui l’as engendé.
Ce qui ne change pas, c’est que Jésus est son Fils… mais Jésus est aussi disciple du Père, car il fait tout ce que le Père lui dit de faire, comme un disciple. Et pourtant, le Père prend librement le rôle de disciple de son propre Fils… et le Fils, naturellement, veut donner sa vie pour le Père.
Mais pourquoi, dans les catéchèses, personne ne dit que LE PÈRE SE CACHE DANS LE DISCIPLE DU FILS ?
Quand ce mystère s’est ouvert à mes yeux, les Écritures se sont ouvertes à moi, et peut-être aussi la clé pour ramener tant de femmes et d’hommes à la foi dans le vrai visage du Père ! Tout s’est éclairé : le Père (dans les disciples) qui se laisse servir par le Fils dans le lavement des pieds… le Fils qui ne peut se montrer nu que devant le Père… et il n’aurait pas pu été nu sur la croix si les disciples — ou le monde entier — n’étaient pas devenus le Père dont il est le Fils ! Un Père disciple… voilà l’humilité éternelle du Père. Un Père qui sera tout en tous, mais en restant « en dessous », sous le Fils, tout en demeurant Père !
Frère Paul Adrien, ne donneriez-vous pas votre corps aux milliers de personnes qui vous suivent si, intérieurement, vous viviez que le Père se cache dans ces disciples qui vous suivent et demeurent auprès de vous ? N’est-ce pas bouleversant que le mystère du Père se cache sous le Fils, dans ses disciples ?
Tout cela n’est-il pas absolument merveilleux ?
À présent, je comprends les Écritures. Cette révélation a définitivement enseveli dans une tombe mes doutes sur le visage du Père, qui me revenaient encore lorsque je lisais l’Ancien Testament… Vous ne savez pas combien de personnes ont perdu la foi — surtout des hommes — parce qu’ils n’arrivaient pas à tenir ensemble l’Ancien et le Nouveau Testament, à cause d’un Père perçu comme mauvais dans l’Ancien – “si il y etait Dieu pourquoi il ne s’est pas revelé bon et doux de le commencement?” c’est une question qui persecute beaucoup. J’ai vu des prêtres perdre la foi parce qu’ils ne supportaient plus l’Ancien Testament, et qu’en devant encore l’assumer en tant que prêtres, ils éclataient de honte face à ce visage du Père qui leur semblait incompatible avec le Nouveau Testament… au point de ne plus vouloir être prêtres : « Comment puis-je me sentir plus bon que Dieu en lisant l’Ancien Testament ? Je ne peux plus porter ces habits de prêtre. »
Il faut évangéliser cette nouveauté, qui est en réalité déjà dans le cœur de tous, mais qui n’est pas encore prêchée !
J’ai vu des femmes aimer Jésus mais ne pas supporter le visage visible de l’Église, parce qu’elles ne comprennent pas la soumission de la femme. Et pourtant, à la lumière du Père qui se fait disciple du Fils, tout prend sens — sans rien enlever à la femme, mais en lui conférant une dignité sublime et irremplaçable ! Elles se sentent plus proches de la Genèse, où la femme est reconnue comme égale ; elles se reconnaissent en Marie-Madeleine, car elles voudraient offrir toute leur sensualité réveillée à Jésus qui les rachète, en versant des parfums et en l’embrassant…mais Marie s’est compliqué ..et pourtant elle porte le secret ultime de l’identité de la femme: le Père lui-même.
Cette sensualité de la femme est la sensualité du Père, du parent qui voudrait couvrir son enfant de baisers ; le parent qui se fait secrètement disciple de son enfant. Cela n’arrive que lorsque le parent est amoureux de Jésus. Quand on a un enfant, on tombe amoureux de sa chair ! Attention : pas au sens érotique, mais au sens parental. Le corps de l’enfant est sa propre chair. Le Père aime son Fils avec les sens ! Le Père est caché dans le disciple.
Le parent tombe physiquement amoureux de son enfant, et pourtant cela n’a absolument rien à voir avec la sensualité du couple. C’est un émerveillement amoureux, comme un Cantique des cantiques du parent pour l’enfant. Et voilà pourquoi certains scandales sexuels dans l’Église sont apparus dans des mouvements totalement dévoués aux plus petits : le diable a perverti cet amour physique pour les enfants. Le Père a une union physique avec son enfant, qui engendre aussi un amour de Père à Fils. Les mots sont scandaleusement pauvres pour un mystère aussi grand — il faudrait des mots !
Et ce mystère du Père disciple s’ouvre physiquement dans le lavement des pieds, il s’ouvre physiquement au pied de la croix : celui qui se met librement sous le Fils, c’est le Père ! Voilà le scandale des scandales, et l’émerveillement éternel de nos yeux. Car ce qui bloque encore, c’est de toucher l’humilité de Jésus, mais pas celle du Père. L’identité demeure cachée tant que l’on ne voit pas le Père derrière le disciple lui-même, en tant que disciple.
Qui se tient physiquement sous la croix ? La mère, signe physique du Père ; Jean, signe du disciple aimé et porte avec soi et en son coeur la mère (signe intérieur du Père) ; et Marie-Madeleine, figure de l’avenir des noces de son Fils avec l’humanité dans la résurrection de la chair.
Et ces noces, dont Marie-Madeleine est la figure future, sont l’enfant né de la croix, porté par le Père en Marie (physique), et par le Père en Jean(spirituel). Mère et fils… comme le Père et le Fils.
Ce thème du Père caché dans le disciple a été un tsunami intérieur, mais il a une portée immense pour l’évangélisation. Car on commencerait enfin à comprendre que, comme tu le disais, le Nouveau Testament, sommet de la Révélation, est plus écrit par Dieu que par les hommes, tandis que l’Ancien est davantage écrit avec un langage humain que divin, tout en restant saintes ecriture. Dieu s’est aussi caché dans les disciples de l’Ancien Testament : dans l’enfant qui a peur de ses parents parce qu’il ne connaît pas encore l’amour du Père ; dans le peuple d’Israël qui n’osait pas entrer dans la nuée. Le Père est aussi descendu de son trône dans l’Ancien Testament en ce faisant le plus petit des disciples; il a accepté que l’humanité se fasse de lui le visage dont elle avait besoin pour écouter et se secouer— même si ce visage était durci, et que cette dureté n’était pas celle de Dieu mais celle des hommes.
Je n’ai pas encore écouté le podcast sur l’Ancien Testament, et j’ai hâte.
Il y aurait tant à dire pour restituer l’Ancien Testament d’une manière qui ne scandalise pas ceux qui aiment le Nouveau. Toi, frère Paul Adrien, quelles idées as-tu à ce sujet ?
Mais au-delà de l’Ancien Testament, le grand thème brûlant est celui de Dieu qui se cache dans le rôle du disciple… et le rôle de la femme. Car tout ce texte a commencé avec Marie. Si les femmes comprenaient qu’elles portent le visage du Père en tant que “disciple” du Fils, combien de familles et de couples seraient transfigurés ! La femme comprendrait enfin sa place dans l’histoire de l’Église — non pas en voulant devenir prêtre à la place du Fils, mais comme disciple, à l’image du Père dont tout procède. À la femme, le Père a confié le mystère de la révélation des origines.
Ève, qui rêvait du fruit de la sagesse et était secrètement en compétition avec Dieu (par en competition avec Adam)… c’est précisément cette compétition qui empêche l’Église de recevoir Marie comme Mère tant qu’elle ne voit pas le Père dans le disciple, ou alors tant que elle ne le prêche pas. Ève était jalouse du Père… le Père lui ressemblait ! Le Père ressemblait plus à Ève qu’à Adam, pour le côté féminin des origines… et Jésus est le nouvel Adam.
Il faut aller au cœur de la relation d’Ève avec le Père pour retrouver notre discipulat envers Jésus d’une manière totalement nouvelle et plus adaptée à l’éternité qui nous attend.
Tant que l’on ne voit pas le mystère du Père dans le disciple, la femme ne pourra pas comprendre le sens d’une soumission libre sans que cela blesse sa dignité et sa complémentarité parfaite avec le Fils.
Frère Paul Adrien, tout cela est merveille à mes yeux ! Y a-t-il des prêtres qui en parlent ? Qui aura le courage de le faire ? Et quand ?
Merci Merci Merci de votre vocation!
Gioia
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